Coin (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

XII e siècle, au sens de « angle ». Du latin cuneus, « à fendre » et, par extension, tout objet ayant cette forme.

I.
1. Pièce de métal ou de bois, de forme prismatique à base triangulaire, que l'on fait entrer de force dans du bois ou des pierres pour les fendre. Planter, enfoncer un dans un tronc d'arbre. Faire entrer un dans une pièce de bois à coups de marteau, de maillet. Par anal. Anciennt. Troupe formée en triangle, la pointe tournée vers l'ennemi.
2. Pièce de bois ou de métal que l'on serre en force pour maintenir, assujettir certains objets. Coin de serrage, de calage.
3. Morceau d'acier gravé en creux, servant de matrice pour frapper de la monnaie, des médailles, et, par méton., l'empreinte ainsi obtenue. Cette monnaie est à tel , marquée, frappée au de Rouen. Une médaille à fleur de , parfaitement conservée.
4. . Poinçon servant à marquer des bijoux, de la vaisselle d'or ou d'argent et, par méton., cette marque elle-même. Des couverts marqués au de Paris. Expr. fig. Cela est frappé, est marqué à tel , porte tel cachet, telle marque distinctive. Ses paroles sont frappées au du bon sens. Expr. vieillie. Une œuvre marquée au bon , une œuvre de qualité.
5. Chacune des incisives les plus proches des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval. Il y a deux s à chaque mâchoire.

II.
1. Angle d'un objet, d'un édifice, d'une surface, etc. Coin saillant, rentrant. Planter une borne, un piquet au d'un champ. Les quatre s d'une feuille de papier, d'un mouchoir. Une lampe est posée sur le du bureau. Un piano occupait un des s de la pièce. Meuble de , étagère de , qui se place dans un des angles d'une pièce. Expr. Mettre un enfant au , le punir en l'obligeant à se tenir debout dans un angle, le nez contre le mur. Aller au . Spécialt. Le jeu des quatre s, dans lequel quatre personnes vont d'un à un autre d'un espace carré, tandis qu'une cinquième, placée au milieu, tâche d'occuper l'un des s pendant qu'il reste vide. Jouer aux quatre s. Par ext. Le de la rue, l'endroit où la rue en coupe, en rencontre une autre. Le magasin fait le de la rue. Ellipt. et fam. Le marchand de tabac du , le cordonnier du , celui de la rue, du quartier, le plus proche de l'endroit où l'on se trouve. . Pièce de cuir, de métal, garnissant les angles d'un livre relié. Une reliure romantique à s.
2. En parlant du corps humain. Les s de la bouche, de l'œil, les commissures. Avoir une cigarette au de la bouche, une larme au de l'œil. Expr. Regarder, faire signe du de l'œil, à la dérobée et sans faire semblant de rien. Un regard en , oblique. Un sourire en , un sourire à peine ébauché exprimant l'ironie ou la malveillance. Fig. et pop. Ça m'en bouche un , cela me surprend fortement. Cette expression est inélégante.

III.
1. Partie d'une pièce, d'un terrain, etc., même s'il ne s'agit pas d'un angle. Faire un potager dans un du jardin. Par la lucarne, on apercevait un de ciel bleu. Chercher un d'ombre. Par anal. Le du feu, la proximité de l'âtre. S'asseoir au du feu. Une causerie au du feu, familière, amicale. Rester au du feu, ne pas quitter le de son feu, rester chez soi, aimer la vie retirée. Le du bois, l'endroit où le bois se termine, où la route coupe un bois et, fig., un endroit solitaire, écarté. Expr. On n'aimerait pas le rencontrer au d'un bois, il a un aspect inquiétant.
2. Endroit quelconque. C'est un de Paris qui m'est familier. Je connais un charmant. Il habite un perdu. Il vit tranquille dans un de sa province. Un vrai de paradis. Fam. Il n'est pas du . Expr. Les quatre s du monde, de la France, les parties les plus éloignées du monde, de la France. Nous l'avons cherché aux quatre s de la ville, partout. Fig. Dans un journal, un magazine, une revue, rubrique destinée aux lecteurs qui s'intéressent à une activité particulière. Le des philatélistes, du bricoleur.
3. Endroit retiré, peu exposé à la vue, au passage. Mettez vos affaires dans ce . Il alla se cacher dans un . Dans quel ai-je pu ranger ce livre ? Expr. Rester dans son , à l'écart, sans se mêler aux autres. Fig. Chercher dans un de sa mémoire, de son esprit. Fam. et par euphémisme. Le petit , les lieux d'aisances. Pop. Blague dans le , toute plaisanterie mise à part.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Endroit où se fait la rencontre de deux surfaces, soit en dedans, soit en dehors. "Coin saillant, rentrant. Coin sombre, obscur. Le d'une rue. Le d'une maison, d'une chambre, d'un jardin. Le d'une cheminée. Le d'un champ. Le d'un bois. Serrer quelque chose dans un . Les s d'un mouchoir, d'une nappe, etc."
Il se dit quelquefois absolument et familièrement pour le Coin de la rue où l'on se trouve, où l'on habite. "Le marchand de vin du ."
"Les s de la bouche," Les extrémités de la bouche. On dit de même "Le de l'oeil. Regarder du de l'oeil," Regarder à la dérobée et sans faire semblant de rien. On dit aussi "Faire signe du de l'oeil."
Fig., "Les quatre s de la Terre, les quatre s du monde, les quatre s de la France," "les quatre s de la ville, etc.," Les extrémités de la terre, de la France, de la ville, etc., les plus éloignées entre elles.
"Les quatre s," Jeu dans lequel quatre personnes vont d'un à un autre d'un espace carré, tandis qu'une cinquième, placée au milieu, tâche de s'emparer de l'un des coins lorsqu'il reste vide. "Jouer aux quatre s."
Fig., "Mourir au d'un bois, d'une haie," Mourir sans secours et sans assistance.
Prov., "Cet homme a la mine de demander l'aumône au d'un bois," se dit de Quelqu'un qui a l'aspect d'un bandit.
"Le du feu," Un des deux côtés de la cheminée où l'on s'assied ordinairement pour se chauffer. Fig. et fam., "Ne bouger du du feu, du de son feu," Garder presque toujours la maison. "N'aimer que le de son feu," Aimer la vie retirée. Fig. et fam., "Cela ne se dit, ne se fait qu'au du feu," Ce sont de ces choses qu'il ne faut dire, qu'il ne faut faire qu'en famille, qu'entre amis.
Il se dit aussi, en termes de Menuiserie, de Certains meubles en forme de petites armoires qui se placent dans les angles des appartements. "Meuble de . Étagère de coin."
Il se prend quelquefois pour une Petite partie ou portion d'une maison ou d'un appartement ou aussi d'un champ, d'un domaine. "Donnez-moi quelque où je puisse me retirer. Il est logé dans un petit . Un petit de terre."
Il se dit aussi d'un Endroit qui n'est pas exposé à la vue. "Jetez cela dans un . Je les aperçus qui riaient dans un . Il s'en alla se cacher dans un . On chercha par tous les s du logis."
Il se dit, par extension, d'un Endroit quelconque, mais plus ordinairement d'un Lieu retiré et peu fréquenté. "Dans tous les s du monde. Il s'est logé dans un du faubourg. Il vit tranquille dans un de sa province. Quel de la terre n'a-t-il pas visité?"
Il se dit, en termes d'Arts, d'une Pièce de fer ou de bois ou de toute autre matière dure, de forme prismatique triangulaire, dont on se sert principalement pour fendre du bois, des pierres, en la faisant entrer de force avec un maillet ou un marteau. "Coins de fer. Coins de bois. Mettre, piquer, planter le . Faire entrer le , les s dans une pièce de bois pour la fendre. On se sert de s pour serrer, pour assujettir certaines choses."
En termes de Monnayage, il se dit d'un Morceau d'acier gravé en creux dont on se sert pour frapper de la monnaie, des médailles. "Cette monnaie est à tel , marquée au de..."
"Cette médaille est à fleur de ," Elle est parfaitement conservée.
Fig., "Cela est frappé, est marqué à tel ," Cela porte tel cachet, on y reconnaît tel caractère. "Cet ouvrage est frappé au du génie. Cette chose est marquée au bon ," Elle est une des meilleures dans son genre.
Il se dit aussi du Poinçon qui sert à marquer de la vaisselle, des bijoux d'or et d'argent. "De la vaisselle marquée au de Paris."
En termes de Reliure, il se dit des Pièces de parchemin, de cuir ou de métal dont on garnit les angles d'un livre, d'un registre.
Il se disait, chez les Anciens, d'une Troupe d'infanterie formant un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l'ennemi.
En termes d'Art vétérinaire, il désigne Celles des dents incisives qui sont le plus près des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval. "Il y a deux s à chaque mâchoire."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Instrument de fer, taillé en angle solide, et dont on se sert pour fendre du bois.
    Coins de mire, morceaux de bois qui servent à hausser ou à baisser un canon, un mortier, suivant la distance du but à atteindre.
    Faire de même bois, se servir, pour mettre une chose en oeuvre, d'une partie de cette même chose, et aussi user de ce qu'on tire d'une personne pour agir contre elle.
    En mécanique, angle solide représentant deux plans inclinés adaptés par leur base, et servant à divers usages ; c'est une des machines simples étudiées en statique.
    Un de beurre, pièce de beurre à peu près en forme de qu'on vend à la halle.
    Petit ornement autour des bouquets qui sont sur le dos des livres reliés. Petit fer qui sert à faire ces ornements.
    La partie d'un bas dessinée en forme de , et dont la base correspond à la cheville du pied.
    Autrefois, pièce de bas de chausse qui est en pointe et qui, prenant depuis la cheville du pied, s'étend jusque sous la plante.
    Morceau de drap qui couvre l'espace compris entre les barrures d'une balle de paume.
    Terme de cordonnier. Petit morceau de bois pour hausser le cou-de-pied des souliers, lorsqu'ils sont sur la forme.
    Terme d'antiquité. Formation d'une troupe en un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l'ennemi.

 2   Terme de monnaie. Morceau de fer trempé et gravé, qui sert à marquer les monnaies et les médailles.
    Monnaie, médaille à fleur de , celle que le frottement n'a pas encore usée et telle qu'elle est sortie de dessous le .
    Anciennement, avoir , avoir droit de battre monnaie.
    Fig. Cela est frappé, marqué à tel , on y reconnaît tel caractère, tel cachet.
BOILEAU: « Des vers marqués au de l'immortalité »
BOILEAU: « Toi qui sais à quel se marquent les bons vers »
LA BRUY.: « Il ne s'y voit rien qui ne soit marqué au de l'ouvrier »
BOSSUET: « Les riches étant, pour ainsi dire, marqués au du monde »
VOLT.: « C'est presque le seul ouvrage marqué au bon , depuis trente ans »
    Poinçon pour marquer la vaisselle plate, les bijoux.
    Marque, empreinte.
SÉV.: « Ce petit Feuquières a un d'Arnaud dans la tête qui le fait mieux écrire que les autres »
SÉV.: « J'ai un de folie qui n'est pas encore bien mort »
SÉV.: « Je ne saurais croire que, quelque d'anachorète que vous ayez, ces honneurs et ces respects sincères puissent vous déplaire »

 3   Angle rentrant ou saillant formé par la rencontre de deux ou de trois lignes, de deux ou de trois surfaces, ainsi dit par comparaison avec le de fer ou de bois. Le d'une maison.
PASC.: « Dieu doit faire de cette pierre le chef du »
    Les quatre s d'une chambre, les quatre angles que forment les quatre parois d'une pièce faite en carré ou en carré long. Les quatre s d'une étoffe, les points où les bords se joignent. Des officiers portaient les quatre s du poêle en cette pompe funèbre.
    Les quatre s et le milieu d'un bois, d'une ville, etc. tout l'espace embrassé par un bois, par une ville. Je l'ai cherché dans les quatre s et le milieu du quartier.
    Les quatre s du monde, l'espace entier du monde. Les quatre s de Paris. Il a parcouru les quatre s de la ville, sans pouvoir découvrir son logement.
DIDER.: « Ne dirait-on pas que le feu est aux quatre s de l'univers ? »
VOLTAIRE: « Les orages sont venus des quatre s du monde, et ont fondu sur ma petite barque que j'ai bien de la peine à sauver »
VOLTAIRE: « M. Cromelin est un peu ardent ; on aurait dit que le feu était aux quatre s de Genève »
    Jeu des quatre s, jeu dans lequel quatre personnes occupent les quatre angles d'un carré ; et une cinquième personne placée au centre du carré tâche de saisir une de ces places à la course, aussitôt que le tenant l'abandonne pour en changer avec un autre.
BÉRANG.: « L'amour, l'hymen, l'intérêt, la folie, Aux quatre s se disputent nos jours »
BÉRANG.: « Où l'ambition règne, La gaieté perd son »
    Le de la rue, l'endroit où deux rues se coupent.
CORN.: « Envoyez des soldats à chaque des rues »
    Le marchand du , le marchand logé au d'une rue voisine ; et, figurément, le , le voisinage.
VOLT.: « Le géomètre dit qu'il en fallait parler au théologien du »
MONTESQ.: « Il y a dans tous les s des gens qui ont des remèdes infaillibles contre toutes les maladies imaginables »
    Le d'un bois, l'endroit où une route coupe un bois. Il a été assassiné au d'un bois.
ST-LAMBERT.: « La naïve bergère, assise au d'un bois, Chante et roule un fuseau qui tourne sous ses doigts »
    Mourir au d'un bois, d'une haie, mourir loin de toute assistance.
    Cet homme a la mine de demander l'aumône au d'un bois, se dit d'un homme de mauvaise mine, de mine menaçante, qui demande l'aumône.
    Fig.
RÉGNIER: « Il n'est et re que je n'aie tenté »
BOSSUET: « La sagesse vous éclairera par quelque inespéré »
    Petit meuble en forme d'armoire que l'on place dans les s d'une chambre.
    En termes de manége, se dit des quatre angles de la volte, lorsque le cheval travaille en carré. Entrer dans les s, pénétrer, autant qu'il est possible, dans les angles du manége. Travailler sur les s ou faire les quatre s, diviser la volte en quatre quarts.
    Terme du jeu de trictrac, grand , de repos, ou, simplement, , la dernière case de chaque pan, de chaque partie de la boîte. Coin bourgeois, la dernière case du petit jan, et la première du grand.
    Au jeu de paume, on dit qu'un homme tient bien son quand il sait bien soutenir et renvoyer les coups qui viennent de son côté.
    Fig. Tenir son , tenir une place honorable dans un cercle ; prendre part avec avantage à une discussion, etc.
SÉV.: « Mme de Coulanges tenait son »
MOL.: « Il peut tenir son parmi les beaux esprits »
SAINT-SIMON: « Le baron de Beauvais avait tenu son , mêlé avec l'élite de la cour »
SAINT-SIMON: « Le chevalier de Lorraine, du temps des Guises, eût tenu un grand parmi eux »

 4   Le du feu, les côtés de la cheminée où l'on s'assied pour se chauffer.
VOLT.: « Je me suis livré dans cette lettre au plaisir de causer avec vous, comme si j'étais au de votre feu »
    Ne bouger du du feu, être très sédentaire, mener une vie retirée.
SÉV.: « C'était un temps à garder le du feu »
    N'aimer que le de son feu, aimer la vie retirée.
    Cela ne se dit, ne se fait qu'au du feu, en famille, entre amis, chez soi.
VOLT.: « Au théâtre, il faut parler au coeur plus qu'à l'esprit ; Tacite est fort bon au du feu, mais ne serait guère à sa place sur la scène »
    Fig. Allez lui dire cela au de son feu, ou allez lui dire cela et vous chauffer au de son feu, c'est-à-dire vous ne seriez pas bienvenu à lui parler ainsi dans un endroit où il serait le maître.

 5   Le de la bouche, l'angle formé, de chaque côté, par la rencontre des lèvres.
    Le de l'oeil, l'angle formé, de chaque côté, par la rencontre des paupières. Regarder du de l'oeil, regarder à la dérobée, sans faire semblant de rien.
SÉV.: « Elle regarde les rochers du de l'oeil, mourant d'envie d'aller s'y reposer »
LA FONT.: « Messire Jean.... La regardait toujours du de l'oeil »
    Les s, faux cheveux que l'on ajoute sur les côtés de la tête.
    Terme de vétérinaire. Dents incisives du cheval, les plus voisines des crochets et les plus courtes ; elles sont au nombre de quatre, deux à chaque mâchoire.
    En termes de fauconnerie, les s, les plumes qui forment les deux côtés de la queue de l'animal.

 6   Endroit retiré, peu fréquenté. Il vit tranquille dans un de sa province.
CORN.: « Va, furie exécrable ; en quelque de terre Que t'emporte ton char, j'y porterai la guerre »
RAC.: « Ah ! ne languissons plus dans un du Bosphore »
BOILEAU: « Qu'heureux est le mortel qui, du monde ignoré, Vit content de soi-même en un retiré ! »
VOLT.: « Je voudrais être caché dans un de Toulouse, le jour que l'innocence de Sirven sera reconnue »
    Petit espace de terrain. Ce de terre suffit à ses besoins.
VOLTAIRE: « Supplier le roi de daigner mettre la paix une seconde fois dans ce petit de terre [Genève] dont il a déjà été le bienfaiteur »
VOLTAIRE: « Je ne suis qu'un laboureur malade qui défriche des champs incultes et qui marie des filles dans un de terre ignoré »
    Endroit peu exposé à la vue. Jetez cela dans un .
CORN.: « Dans un du jardin, sous un épais nuage, Je l'enveloppe encor d'un sommeil assez doux »
RACINE: « .... Cachée en un de ce vaste édifice »
BOILEAU: « Tandis que dans un en grondant je m'essuie, Souvent, pour m'achever, il survient une pluie »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Ren. 22056: Ne gnet [petit ] nul à reverchier [fouiller], Que li gorpiz [renard] n'i fust cachiez
     ib. 10283: Deus s de chiesne toz entiers Y avoit mis li forestiers
     la Rose, 16218: Il lor donne formes veroies En z de diverses monoies
     Ass. de Jér. I, 24: Et il et les autres seignors et roys dou roiaume, qui après lui furent, donnerent à aucuns haus homes el dit roiaume, baronies, seignories, cours et s et justise
    XIVème siècle
ORESME: « Si come qui disposeroit quatre choses en une figure quarrée là où il aroit quatre cuignes ou angles »
ORESME: « Si trouva un grant arbre abatu que l'en avoit voulu fendre à gs »
    XVème siècle
VILLON: « Pipeur ou hezardeur de dés, Tailleur de faulx gs, tu te brusles Comme ceux qui sont eschaudez »
    XVIème siècle
CALV.: « Les monnoies forgées de s bien differents »
D'AUB.: « Nous commencerons par la partie qui fait le devers la mer athlantique d'un costé, de l'autre vers le destroit »
D'AUB.: « Faisans un de leur bataillon de lansquenets »
PARÉ: « Les s ou angles de l'oeil »
O. DE SERRES: « Enter en »
MONT.: « Par le feu et violence de gs, nous ramenons un bois tortu à sa droicture »
LA BOÉTIE: « Le tyran asservit les subjects les uns par le moyen des aultres, et est gardé par ceulx des quels, s'ils valoient rien, il se debvroit garder ; mais, comme on dict, pour fendre le bois, il se fait des gs du bois mesme »
COTGRAVE: « À dur neud, mauvais g »
ID.: « Fol est qui de son poing fait g »
ID.: « Meschante [pauvre] vie quiert le g »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, e ; provenç. cunh, conh, cong ; espagn. cuño ; portug. cunho ; ital. conio ; du latin cuneus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE COIN. Ajoutez :

 7   Coin de feu, sorte de vêtement.
     Prospectus, 23 déc. 1875: 1500 vestons dits s de feu, molleton couleur, bordures de toutes nuances, à 5 fr. 50

 8   Coin du feu, petit siége pour s'asseoir auprès du feu.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Angle, endroit où se fait la rencontre de deux lignes ou de deux surfaces, soit en dedans, soit en dehors. "Le d'une rue. Le d'une maison, d'une chambre, d'un jardin. Le d'une cheminée. Le d'un champ. Le d'un bois. Se cacher dans le d'une maison. Serrer quelque chose dans un . Les s d'un mouchoir, d'une nappe, etc. Les s du poêle, du drap mortuaire étaient tenus par"...
Il se dit quelquefois, absolument et familièrement, pour Le de la rue où l'on se trouve, où l'on habite. "Le marchand de vin du ."
"Les s de la bouche," Les extrémités de la bouche. On dit de même, "Le de l'oeil."
"Regarder du de l'oeil," Regarder à la dérobée et sans faire semblant de rien. On dit aussi, "Faire signe du de l'oeil."
Fig., "Les quatre s de la terre, les quatre s du monde, les quatre s de la France, les quatre s de la ville, etc.," Les extrémités de la terre, de la France, de la ville, etc., les plus éloignées entre elles.
Fig., "Les quatre s et le milieu d'un pays, d'un bois, etc.," Tout ce qui est contenu dans l'espace d'un pays, d'un bois, etc. "Il lui a fait courir les quatre s et le milieu du royaume. Je l'ai cherché dans tous les quatre s et le milieu du bois."
"Les quatre s," Jeu dans lequel quatre personnes vont d'un à un autre d'un espace carré, tandis qu'une cinquième, placée au milieu, tâche de s'emparer de l'un des s lorsqu'il reste vide. "Jouer aux quatre s."
Fig., "Mourir au d'un bois, d'une haie," Mourir sans secours et sans assistance.
Prov., "Cet homme a la mine de demander l'aumône au d'un bois," se dit D'un homme de mauvaise mine et de mauvaise physionomie, qui demande l'aumône.
"Le du feu," Un des deux côtés de la cheminée où l'on s'assied ordinairement pour se chauffer.
Fig. et fam., "Ne bouger du du feu, du de son feu," Garder presque toujours la maison. "N'aimer que le de son feu," Aimer la vie retirée.
Fig. et fam., "Cela ne se dit, ne se fait qu'au du feu," Ce sont de ces choses qu'il ne faut dire, qu'il ne faut faire qu'en famille, qu'entre amis.
Fig. et fam., "Allez lui dire cela au de son feu," ou "Allez lui dire cela, et vous chauffer au de son feu," Vous ne seriez pas bien venu à lui tenir ce langage dans un endroit où il serait le maître.
Au Jeu de trictrac, "Grand ," ou simplement, "Coin," La dernière case à la droite du joueur. "Prendre son . Battre le de son adversaire." On dit aussi, "Coin bourgeois," La dernière case du petit jan.
Au Jeu de paume, "Tenir son ," se dit Lorsque deux personnes qui jouent partie contre deux autres, défendent chacune leur côté.
Fig. et fam., "Tenir bien son dans une compagnie," S'y faire estimer, s'y faire remarquer.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi, en termes de Menuiserie, de Certains meubles en forme de petites armoires, qui se placent dans les angles des appartements.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se prend quelquefois pour Une petite partie ou portion d'une maison ou d'un appartement. "Donnez-moi quelque où je puisse me retirer. Il est logé dans un petit ." On dit dans un sens analogue, "Un petit de terre," Un petit espace de terrain. "Ce petit de terre suffit à ses besoins."
Il se dit aussi d'Un endroit qui n'est pas exposé à la vue. "Jetez cela dans un . Je les aperçus qui riaient dans un . Il s'en alla chercher dans un . On chercha par tous les s du logis."
Il se dit, par extension, d'Un endroit quelconque, mais plus ordinairement d'Un lieu retiré et peu fréquenté. "Dans tous les s du monde. Il s'est logé dans un du faubourg. Il vit tranquille dans un de sa province. Quel de la terre n'a-t-il pas visité?"



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre d'Une pièce de fer ou de bois terminée en angle aigu à l'une de ses extrémités, et dont on se sert principalement pour fendre du bois, des pierres, en la faisant entrer de force avec un maillet ou un marteau. "Gros . Petit . Coins de fer. Coins de bois. Mettre, piquer, planter le . Faire entrer le , les s dans une pièce de bois pour la fendre. Lorsque le est engagé, on le dégage avec un plus gros. En mécanique, le est une machine simple. On se sert aussi de s pour serrer, pour assujettir certaines choses."
En termes d'Artillerie, "Coins de mire," Morceaux de bois qui servent à hausser ou à baisser un canon, un mortier.
Prov. et fig., "Faire de même bois," Se servir, pour mettre une chose en oeuvre, d'une partie de cette même chose.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se disait, chez les Anciens, d'Une troupe d'infanterie formant un bataillon triangulaire dont une pointe était tournée vers l'ennemi.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, La partie d'un bas dessinée en pointe, et dont l'extrémité inférieure répond à la cheville du pied. "Des bas à s d'or, à s d'argent. Ces bas ont des s à jour."



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes d'Art vétérinaire, désigne Celles des dents incisives qui sont le plus près des crocs, de chaque côté de la bouche du cheval. "Il y a deux s à chaque mâchoire."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Monnaie, Morceau d'acier gravé en creux, dont on se sert pour marquer de la monnaie, des médailles. "Le du roi. Le d'Espagne. Faux . Cette monnaie est à tel , marquée au de"...
"Cette médaille est à fleur de ," Elle est parfaitement conservée.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Du poinçon qui sert à marquer de la vaisselle. "De la vaisselle marquée au de Paris."
Fig., "Cela est frappé, est marqué à tel ," Cela porte tel cachet, on y reconnaît tel caractère. "Cet ouvrage est frappé au du génie. Cette chose est marquée au bon ," Elle est une des meilleures dans son genre.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

["Koein", mon. dout. au sing. long au plur. "coins".] 1°. Angle: endroit où se fait la rencontre des deux côtés de quelque chôse. "Le d'une" rûe, "d'une" maison, "d'une" chambre, "d' un" cabinet, "d'une" cheminée, etc.
- "Les quatre s de" la terre, "du" monde, "d'un" royaume, "d'une" Ville, etc. les extrémités de, etc.
- 2°. Petite portion d' un logis: il est logé dans un petit "coin". 3°. Endroit qui n'est pas exposé à la vûe: jetez cela dans un "coin".
- 4°. En parlant d'un bâs, l'endroit où le tissu se divise. 'Ce "coin" ne monte pas assez haut.
- 5°. "Coin"; pièce de fer ou de bois, qui aboutit en angle aigu, et qui est propre à fendre du bois et des pierres.
   6°. En termes de monoie, morceau de fer trempé et grâvé en creux, dont on se sert pour marquer la monoie, ou des médâilles. 'Cette monoie "est à" un tel "coin", marquée "au de"...
   "Rem." 1°. "Coin" (n°. 1°.) n'est pas un terme noble; et je suis étoné que "Rousseau" l'ait employé dans une Ode.
   Peuples, de qui l'apui sur sa bonté se fonde,
   Allez "dans tous les s du Monde",
   À~ son nom glorieux élever des Autels...
   C'est l'inconstante renomée,
   Qui sans cesse les yeux ouverts,
   Fait sa revue accoutumée
   "Dans tous les s de l'univers".
   On lit aussi dans la "Jérus. Dél." long-temps atribuée à "J. J. Rousseau". 'Un "coin", ignoré de la terre, possède leurs dépouilles. On est moins surpris de lire dans "Corneille".
   Envoyez des Soldats "à chaque des rues",
       Héracl.
2°. "Marqué au de", expression figurée, qui a l'air quelquefois précieux et afété, quelquefois bisârre et ridicule. Un Auteur moderne dit, que: 'Les décrets, dressés solennellement dans le Saint Concile, "sont marqués au de" l'Infaillibilité.
- J'avoue que cette façon de parler ne me plaît point en endroit, et qu'elle me paraît avoir quelque chôse de burlesque en cette phrâse. On pourrait dire, en se servant de la même locution, qu'elle "est marquée au " du mauvais goût.
   "Tenir son " se dit "au propre", au jeu de paûme, d'un joueur, qui dans une partie de deux contre deux, défend son côté, sans qu'il lui soit permis d'aider son compagnon, ou de s'en faire aider.
- Au "fig." il se dit d'un homme qui se fait honeur dans une société, qui s'y fait distinguer. 'La balle (c. à. d. le caquet) n'a pas été mal aujourd'hui, mais Mde. de Coulanges "tenoit bien son ". Sév.
- On dit, d'un homme qui n'a pas vu le monde, qu'il "n'a pas bougé du de son feu"; et de celui qui, ayant mauvais air et mauvaise physionomie, demande l'aumône, qu'il a la mine de demander l'aumône "au d'un bois".
- "Regarder du de l'oeil", à la dérobée et sans faire semblant de rien.
- Cette chôse "est marquée au bon ", (n°. 6°.) elle est des meilleures de son espèce.
- Il "est frapé à ce là", il est entêté de cette opinion.
   COIN, s. m. Gros fruit, qui a l' odeur forte, et la peau couverte d'une espèce de duvet.
- On écrivait autrefois "coing". = On dit (st. famil.) d'une persone qui a le teint jaûne, qu'elle est "jaûne comme un ".




Emplacement dans le dictionnaire :

coiffe
coiffé
coiffer
coiffeur
coiffeuse
coiffure
coigne
coignet
coiment

coinçage
coincement
coincer
coïncidence
coïncident
coïncider
coing
coïntéressé
coïon
coïonner
coïonnerie




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...et on veillait pour l'attendre. Sa mère le gronda, de son air dur, en prenant une grosse voix, comme on fait pour gronder les petits enfants, et lui s'en alla tout penaud s'asseoir dans un coin. Tout de même on nous obligea de souper une seconde fois ; c'est la coutume. Une omelette, encore des crêpes, et des tartines de pain bis avec du beurre. Ensuite, on procéda au coucher de la famille...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...vice terrible, il n'en parlait jamais, et il semblait qu'il ne s'en inquiétât pas. ... comment ne pas avoir encore de petits moments d'espoir quand on le voyait ensuite si sage, si soumis, jouant au coin du feu avec son fils ; puis quittant tout à fait ses façons de seigneur, ayant pour sa femme mille petites prévenances douces, afin de lui faire oublier sa peine ? Comment croire que cet...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...à faire en pleine jeunesse, comme si leur vie présente n'était qu'un temps d'épreuve. Prendre sa retraite, vers quarante ans ; après avoir fait les cent coups par le monde, posséder un petit coin de terre à soi, y vivre très sage et n'en plus sortir ; devenir quelqu'un de posé dans son hameau, dans sa paroisse, -marguillier après avoir été rouleur de mer ; vieux diable, se faire bon ermite,...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...maintenant, et, quand je songe au nouveau, à l'inconnu qui m'attend, il me semble que je vais me réveiller au sortir d'une espèce de nuit... où m'enverra-t-on ? Qui sait ? Comment s'appellera ce coin de la terre où il faudra m'acclimater demain ? Sans doute quelque pays de soleil où je deviendrai un autre moi avec des sens différents, et où j'oublierai, hélas ! Les choses aimées ailleurs. Mais...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...et puis de plus petits et de plus rares qui semblaient avoir des nuances de mauve et de pivoine ; on était surpris par leur vol rose, et, quand on voulait les regarder, c'était trop tard ; un petit coin de l'eau crépitait encore et étincelait de soleil comme sous une grêle de balles ; c'était là qu'ils avaient fait leur plongeon, mais ils n'y étaient plus. Quelquefois une frégate-grand oiseau...


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Usage du mot

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